Le digital, à la base, c’est 1 et 0 : qui sont les géniteurs du digital au Cameroun

Le bit est l’élément de base avec lequel travaille un ordinateur. En informatique, le bit est l’équivalent de la cellule chez le vivant. Ou de l’atome, si on veut faire une comparaison avec la matière. L’ordinateur (auquel se sont depuis adjoints les smartphones, les tablettes, les téléviseurs, les frigidaires, les montres connectées, les systèmes de vidéo-surveillance, la domotique, etc.), dans sa partie logicielle (pilotée par un calculateur puissant appelé microprocesseur), s’en sert pour effectuer tous les calculs qui permettent de gérer l’affichage de l’écran, les réponses du clavier, la musique, le fonctionnement des applications, etc.

Une affaire de nombres

La valeur du bit est de 1 ou de 0. Ce sont ces deux nombres qui sont à la base du système dit binaire, qu’exploite un ordinateur. A côté de ce système binaire, nous avons les systèmes décimal et hexadécimal, qui sont aussi d’utilisation courante en informatique.

1 et 0. Des nombres (digits, en anglais). Un octet en compte 8. Le nombre 255 (décimal), par exemple, se traduit en binaire : 11111111. Le moindre octet que vous utilisez est une combinaison de 8 chiffres : soit des 1, soit des 0 ou alors les deux. Vous avez sûrement noté que la plupart des unités de mesure en informatique ont pour suffixe « octet » : kilo-octet, mégaoctet, gigaoctet, téraoctet… Le calcul est à la fois simple et compliqué.

1 octet = 8 bits.

1 kilo-octet (ko)= 1024 octets

1 mégaoctet (Mo) = 1024 kilo-octets

1 gigaoctet (Go)= 1024 mégaoctets

1 téraoctet (To)= 1024 gigaoctets

Etc.

De manière simple, pour savoir combien de bits font 2 mégaoctets, l’esprit résolument littéraire que je suis prend sa calculette et pose les opérations suivantes :

2Mo x 1024 = 2.048 ko

2048 ko x 1024 = 2.097.152 octets

2097152 octets x 8 = 16.777.216 bits

2 mégaoctets représentent donc une combinaison de seize millions sept cent soixante-dix-sept mille deux cents seize nombres 1 ou 0 ou alors des deux.

Je m’arrête là avec les chiffres. Le laïus qui précède montre que l’informatique est d’abord et par essence une question de nombres. L’informatique ? Que dis-je ? Quel terme vieillot et devenu presque désuet ! Il faut dire qu’il a disparu du langage courant ces dernières années, alors qu’il avait le vent en poupe il y a seulement 10 ans ! Avant l’avènement du smartphone et de sa cohorte de néologismes qui ont tout balayé sur leur passage. Qui parle encore de « logiciel » ? Personne ! Le terme a été remplacé par le mot application (ou app). Alors que les deux, le logiciel et l’application, sont exactement la même chose, c’est-à-dire des programmes informatiques exécutés par un ordinateur.

Tout est au digital

L’informatique, elle, a été jetée et on lui préfère désormais le mot « digital », plus trendy et moderne. Même le mot numérique (qui est une traduction littérale de digital) est presque boudé. Tout est au digital. Le problème est que ce terme, très peu utilisé il y a encore une décennie, laisse penser à ses actuels parangons qu’il est et apporte quelque chose de nouveau.

Que nenni !

Qui donne naissance au digital au Cameroun ?

Le soir du 19 décembre dernier, j’ai littéralement bondi du fauteuil dans lequel j’étais nonchalamment allongé quand j’ai lu le post d’un animateur radio qui attribuait la naissance du digital camerounais à certaines personnes, dont deux jeunes entrepreneurs du numérique. Qui n’avaient clairement rien à faire dans cette liste.

C’est peu de dire que de le lire m’a énervé. Car cela n’était rien de moins qu’un crime de lèse-majesté. Sinon, qu’est-ce qui peut justifier que l’on attribue la naissance de tout un écosystème comme le nôtre à deux personnes qui ont commencé à y émerger il y a cinq ans à tout casser ?

L’administration camerounaise se sert de l’Internet depuis le début des années 90. Pendant la même décennie, des entrepreneurs privés ont lancé des cybercafés. Ces petites boutiques qui ont entamé le travail de démocratisation de l’accès à Internet dans nos villes. Jusqu’à il y a 10 ans, le premier contact de nombreux Camerounais avec l’informatique (et donc, avec le numérique) se faisait dans un cybercafé. Puis, les smartphones sont arrivés avec la décennie 2010 et occupent la scène, jusqu’à aujourd’hui. Que dire de ces facultés universitaires et de ces centres de formation professionnelle qui enseignent depuis trois décennies à des Camerounais à manipuler les algorithmes ?

Il n’y a pas de génération spontanée

Dire que le digital a été porté à sa naissance entre autres par ces deux entrepreneurs, quoique brillants chacun dans leur domaine, fait montre d’une certaine ignorance de l’histoire, même récente, de l’écosystème numérique camerounais. S’il est aujourd’hui reconnu que le digital (focalisé sur le client) et l’informatique (rivé sur les processus) ont des perspectives différentes, une chose reste immuable : il n’y a pas de numérique sans l’informatique.

Sinon, que dirait-on des entreprises comme Appstech, MTN, Orange, Camtel, qui forment et emploient des ingénieurs en développement de logiciels applicatifs depuis 20 ans ? Lesquels ingénieurs  jouent avec les bits comme un écrivain le fait avec les lettres, en réussissant à nous vendre des services auxquels nous n’avons parfois pas besoin ?

Que dirait-on de ces porteurs d’initiatives dont le but était de trouver un moyen de faire de notre pays un endroit où l’entrepreneuriat numérique pourrait se développer ? Que dirait-on des porteurs de plaidoyer auprès du gouvernement, des grandes entreprises, des fournisseurs d’accès à Internet, du grand public, qui année après année, ont travaillé dans l’ombre afin que l’environnement numérique puisse être propice à l’émergence de réelles opportunités dont profitent les acteurs du numérique camerounais actuels ? Que dirait-on de la célèbre Silicon Mountain, basée à Buea, qui depuis la fin des années 2000 sert de tête de pont pour le développement des solutions digitales au Cameroun ?

Le propos ici n’est pas de réduire à une portion congrue la participation des jeunes acteurs du digital ayant pignon sur rue en ce moment. Le travail qu’ils abattent est énorme et mérite toute la considération qu’il a. Mais mon avis est que leur réelle place, malgré toute la valeur ajoutée qu’ils apportent, est celle de ceux qui bénéficient aussi des fruits d’un terrain que d’autres ont auparavant labouré.

Notre écosystème numérique n’est pas mature. Il se développe et se transforme tous les jours. Mais il n’est pas aussi jeune qu’on pourrait le penser. L’élément-clé, celui qui accélère réellement les choses, est l’arrivée de la 3G puis de la 4G en fin 2014. Ceci ne veut pourtant pas dire que rien ne se faisait avant.

Il n’y a pas de génération spontanée. Pasteur l’a abondamment démontré lors de ses travaux. Ce qui est vrai pour le domaine du vivant l’est tout autant pour l’informatique et ses innombrables dérivés.

Photo : Hope House Press – Leather Diary Studio via Unsplash

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